Traiter et valoriser les sédiments marins

ENVIRONNEMENT MAGAZINE - Des solutions de traitement des sédiments sont développées depuis plusieurs années, mais la filière de valorisation en est encore à ses balbutiements. Pour restreindre le nombre des coûteuses mais nécessaires opérations de dragage dans le port de Golfe-Juan, mais aussi pour réduire le volume de sédiments à extraire, la CCI de Nice-Côte d'Azur a décidé d'expérimenter le biotraitement. Le principe ? Ensemencer le port d'un cocktail de bactéries capables de dégrader la matière organique. Celle-ci se décompose en produits carbonatés se dissolvant dans l'eau ou s'évaporant sous forme de gaz.

L'efficacité de ce type de traitement a déjà fait ses preuves en termes de gain de tirant d'eau dans le petit port voisin de Port-Gallice, mais l'objectif ici est d'aller plus loin. « Nous allons vérifier que des métaux lourds ne sont pas relargués dans la colonne d'eau et observer le comportement des bactéries », explique Nicolas Marmier, chercheur au laboratoire Ecomers de l'université de Nice. En fonction des résultats des tests menés en laboratoire qui démarrent pour six mois, l'étape grandeur nature avec prélèvements et analyses régulières des sédiments marins pourra être mise en œuvre.

Si elle semble prometteuse, cette solution n'est pas adaptée aux ports plus importants et surtout, elle ne résout pas la question de la gestion des matériaux dragués. D'autant que, selon la réglementation, un sédiment est considéré comme un déchet dès lors qu'il sort de l'eau, même s'il ne contient pas plus de 3 000 ppm de polluants quand une terre dite polluée en renferme jusqu'à 20 000. C'est pourquoi plusieurs procédés de traitement ont été développés ces dernières années. Avec Envisan, le port de Dunkerque a expérimenté une solution de lagunage actif qui associe déshydratation par voie naturelle et bioremédiation par les bactéries endogènes, pour traiter 50 000 m³ de sédiments par an.

D'autres sociétés ont mis au point des unités de traitements à terre, transportables par camion sur le lieu d'extraction des sédiments. Leur principe général consiste à séparer les particules en fonction de leur granulométrie afin de concentrer les polluants dans les fines. C'est le cas de TPMG dont la solution utilise des filtres à bandes. « Ce n'est pas un traitement miracle, mais c'est un procédé simple, sans produits chimiques et capable de dépolluer entre 70 et 80 % des sédiments », assure Pierre Castelli, qui a été jusqu'à tout récemment directeur marketing de la société. Grâce à un système de décantation dynamique, l'outil Nemeau de Sedigate traite, quant à lui, des volumes plus importants, jusqu'à six fois plus qu'une solution à filtres.

Mais que faire des sédiments débarrassés de leurs polluants ? À Saint-Malo (35), plusieurs centaines de milliers de mètres cubes sont utilisées en revêtement pour une vélo-route longue, à terme, de 150 km. À Dunkerque (59), trois filières ont été explorées : un cordon dunaire de 500 mètres de long a absorbé 50 000 m³ de sédiments. Une route longue de 700 mètres capable de supporter des camions a permis d'en valoriser 450 m³ . Enfin, le groupe italien Ciments Calcia a travaillé sur la formulation d'un béton maximisant l'usage de sédiments pour fabriquer des blocs. À La Seyne-sur-Mer (83), un centre de production d'écomatériaux est en cours de construction. Il devrait valoriser autour de 30 000 m³ chaque année.

Reste que ces volumes demeurent faibles au regard des dizaines de millions de mètres cubes dragués chaque année. « Aux industriels que nous sommes de montrer que ce matériau est valorisable, qu'il existe un marché auquel le sé diment peut répondre », conclut Philippe Dhervilly, le P-DG de Sedigate. // CL

www.cpem-var.fr